À peine un salarié sur cinq est engagé dans son travail en Afrique subsaharienne, et un sur sept en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Derrière ces moyennes se cachent des réalités très différentes, et une feuille de route claire pour les employeurs.
L’engagement des salariés recule partout dans le monde. Selon les dernières études internationales, il s’établit à 20 % en 2025, son niveau le plus bas depuis 2020, et recule pour la deuxième année consécutive. Le manque d’engagement coûterait près de 10 000 milliards de dollars par an à l’économie mondiale, soit environ 9 % du PIB mondial.
L’Afrique se situe des deux côtés de cette ligne. L’Afrique subsaharienne est dans la moyenne mondiale, avec 19 % de salariés engagés. L’Afrique du Nord est rattachée à la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, qui n’atteint que 14 %, l’un des niveaux les plus bas au monde. Voici les cinq tendances qui comptent le plus pour les employeurs du continent cette année.
La moyenne régionale cache des écarts allant du simple au quadruple. En République démocratique du Congo, 26 % des salariés sont engagés, contre seulement 8 % au Ghana et en Éthiopie.

Les trajectoires divergent aussi. La Namibie recule chaque année, de 23 % en 2018 à 14 % aujourd’hui, et le Botswana a perdu cinq points en un an. Le Nigeria reste stable à 17 %. Pour les employeurs présents dans plusieurs pays, une stratégie d’engagement unique pour « l’Afrique » passera à côté des réalités locales.
Beaucoup de salariés africains s’investissent dans leur travail tout en rencontrant des difficultés en dehors. Seuls 18 % des salariés d’Afrique subsaharienne estiment que leur vie est épanouie, contre 34 % dans le monde. Le stress quotidien touche 46 % d’entre eux (40 % dans le monde), et 28 % déclarent se sentir seuls au quotidien (22 % dans le monde).
Cet écart compte, car bien-être et engagement se renforcent mutuellement. Un salarié engagé mais épuisé représente un risque de départ, pas un atout.
L’Afrique du Sud montre à quel point la situation peut évoluer vite. Les derniers chiffres internationaux y situent l’engagement à 18 %, désormais sous la moyenne mondiale. ADP Research, qui mesure le « plein engagement » selon une autre méthode, classe le pays deuxième au monde avec 27 %, mais en baisse par rapport à 31 % un an plus tôt. Les deux études vont dans le même sens. ADP cite le chômage, l’inflation et les tensions sociales, ainsi que l’isolement des salariés en travail hybride ou à distance.
Les études internationales montrent de façon constante que les managers expliquent l’essentiel des écarts d’engagement entre équipes. Pourtant, l’engagement des managers eux-mêmes a reculé de neuf points dans le monde depuis 2022. Quand ceux qui doivent mobiliser les autres sont eux-mêmes désengagés, le recul se propage à toute l’organisation.
La confiance suit la même logique. Les travaux de PwC en Afrique de l’Est montrent que les salariés font souvent davantage confiance à leur manager direct qu’à la direction générale, et qu’une forte confiance envers le manager va de pair avec une motivation bien plus élevée. Pour les employeurs africains, le meilleur retour sur investissement ne vient généralement pas d’un nouveau programme, mais du temps, des compétences et de la reconnaissance donnés aux managers de proximité pour bien diriger leurs équipes.
Les salariés africains adoptent l’IA plus vite que leurs homologues dans le monde. L’enquête Hopes and Fears de PwC, menée en Algérie, au Kenya, au Maroc, au Nigeria et en Afrique du Sud, montre que 64 % des salariés africains ont utilisé l’IA au travail au cours de l’année écoulée, contre 54 % dans le monde. En Afrique du Sud, BCG indique que 79 % des employés de bureau de première ligne utilisent régulièrement l’IA, au-dessus de la moyenne mondiale de 74 %.
L’état d’esprit est positif. En Afrique de l’Est, 68 % des salariés se disent curieux face à l’IA et 53 % enthousiastes, tandis que seuls 28 % se disent inquiets. Une main-d’œuvre jeune et à l’aise avec le numérique est un véritable atout.
Le risque est un décalage entre les salariés et leurs employeurs. PwC note qu’environ une entreprise sur trois seulement a réellement intégré l’IA à sa planification des effectifs, alors que 49 % des postes du continent pourraient être concernés. Des salariés enthousiastes mais laissés sans formation ni plan clair peuvent vite voir cet enthousiasme se transformer en inquiétude.
Les salariés africains savent ce qui les retient. Selon PwC, ils accordent le plus de valeur à la sécurité de l’emploi, à la reconnaissance, au développement des compétences et à la qualité des relations au travail. Ils placent ces éléments devant l’autonomie et les programmes d’inclusion.
C’est le reflet de la réalité économique. Quand le coût de la vie augmente et que les bons emplois sont rares, la stabilité et une perspective d’évolution claire pèsent plus que les avantages de bureau. La démographie accentue cette pression : plus de 60 % de la population africaine est jeune, et les jeunes salariés attendent de plus en plus de flexibilité.
En Afrique du Nord, les signaux d’alerte sont déjà visibles. Selon les chiffres de l’an dernier, seuls 17 % des salariés marocains étaient engagés, et une large majorité déclarait chercher un nouvel emploi. Sans reconnaissance ni perspectives d’évolution, les talents partent, souvent à l’étranger.
Ces tendances dessinent cinq actions concrètes pour les organisations en Afrique :
L’engagement en Afrique n’est pas une cause perdue. Des pays comme la RD Congo et le Kenya montrent qu’il peut progresser, et la main-d’œuvre jeune et optimiste du continent est prête à s’engager auprès des employeurs qui le méritent. Les organisations qui écoutent attentivement, et agissent en conséquence, seront celles qui attireront et retiendront les meilleurs talents.
Best Places to Work accompagne les organisations en Afrique et au-delà pour mesurer l’expérience de leurs salariés et la comparer à celle des meilleurs employeurs. En savoir plus sur bestplacestoworkfor.org.
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